The Temple of Yehwe

The Temple of Yehwe
Of Herbs & Energies
African Presence in the New World
Caribbean Herbalist
Other Texts
Ask The Temple
[See the photos]

Deuxième Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora (C.I.A.D.)

Salvador de Bahia, Brésil

Du 12 au 14 juin 2006

Rapport de :   Max G. BEAUVOIR, Ati National,

Fédération Nationale des Vodouisants Haïtiens (F.N.V.A.)

Le 7 Juin 2006, Madame Carline Viergelin, Ati déléguée de la F.N.V.A. et moi avions été invités par S.E. Monsieur Paulo Cordeiro de Andrade Pinto, Ambassadeur du Brésil en Haïti, à accomplir un voyage à Salvador de Bahia afin d’assister et participer à une conférence internationale, la deuxième Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora (CIAD).

La première CIAD avait déjà eu lieu à Dakar, au Sénégal en 2002. Elle visait à unir tous les pays africains à ceux de la diaspora africaine afin de consolider une fois pour toutes les liens culturels, ethniques, historiques et religieux qui leur sont propres. La première CIAD aspirait en même temps à améliorer les conditions qui permettent le renforcement des positions économiques, sociales et politiques de chacun de ces pays sur la scène mondiale.

L’Afrique avait donc été choisie pour être le siège de cette première Conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora  et le Brésil pour être le siège de la seconde, vu que ce pays d’Amérique avait reçu le plus grand nombre d’esclaves africains aux temps de la traite négrière transatlantique (environ 40 pour cent).

La capitale de l’Etat de Bahia, Salvador, étant la ville réputée pour être la plus africaine de cette République Fédérale, tant par l’immensité de sa population métisse que par son affirmation culturelle, fut choisie pour être le siège de cet événement mondial qui devrait servir de source d’inspiration et de fierté pour la population locale et aussi pour les autres peuples noirs du Nouveau Monde.

En effet l’abondance de la couverture médiatique, tant à travers les journaux, les radios et les télévisions, témoignait de cet objectif. Bien des intellectuels brésiliens, des peintres, des poètes, de vénérables babalaos et sénateurs (tel Abdias de Nascimiento considéré par bien des Brésiliens comme ayant été l’un des pères du mouvement de Négritude chez eux) furent grandement mis en valeur. Le Président Lula éleva celui-ci au rang de Chevalier Grand Croix de son pays.

La deuxième CIAD réunissait donc de son côté un grand nombre d’intellectuels et de représentants des sociétés Brésiliennes et de l’internationale. Environ six à sept chefs d’Etat du monde s’y trouvaient, un grand nombre de Premier Ministres, des Ministres de la Culture de presque tous ces pays, d’Ambassadeurs et de Chefs de Missions diplomatiques, des dirigeants d’Organisations Internationales ainsi que des lauréats de Prix Nobel. La conférence lancée sous le thème de « La Renaissance Africaine » a été ouverte par le Président Ignacio Lula da Silva, à coté d’artistes tels Stevie Wonder et Wangari Maathai, lauréats des Prix Nobel pour la Paix de l’année 2004.

Abdoulaye Wade, président en exercice du Sénégal et président du premier CIAD se joignait aux intellectuels noirs du monde entier, aux leaders religieux traditionnels et aux artistes dans cette grande salle dédiée à Oshoun (divinité Candomble) qui se trouvait située sur le boulevard Yemanja (autre divinité de cette religion). Le groupe des 1800 personnes officiellement invitées se trouvait ipso facto gonflé à près de 4000. Ensemble, ils se réclamaient tous d’une même communauté ethnique : noire, d’une même histoire, celle de l’esclavage, et d’une même foi : Vodou, Candomblé, Umbanda, Kimbanda, Orisha, Mayombe, Santeria…etc.

Tous se sont finalement mis d’accord pour redéfinir les contours du continent africain, afin d’inclure tous les déportés d’Afrique dans le Nouveau Monde. Et, ensemble, tous, ont voulu commémorer ce qu’il fut convenu d’appeler par le Président Lula : « La Déclaration de Salvador »

Le Ministre de la Culture du Brésil, S.E. Monsieur Gilberto Gil, présenta une brillante plaidoirie pour que les fils et filles de l’Afrique cherchent à se structurer d’avantage (ce qui allait précisément dans le sens de la proposition que ferait Madame Carline Viergelin plus tard) ; et aussi pour qu’ils redéfinissent les notions d’ethnies de ceux qui arrivèrent contre leur gré dans le Nouveau Monde il n’y a de cela que quelques siècles.

Poursuivant son plaidoyer, le Ministre Gil avança encore que devrait s’établir dans le monde un véritable réseau international des peuples noirs et que ces derniers devraient apprendre à parler au monde d’une seule voix qui se voudrait africaine. Et naturellement, ceci viserait à inclure en tout premier lieu, les peuples à culture issue de l’Africa mater.

Le Président Lula déclara finalement que venait ainsi de se créer : « Les Etats-Unis d’Afrique » qui, désormais, incluraient une sixième région :  « La Diaspora africaine. » Celle-ci existerait donc à coté des cinq autres régions généralement reconnues du vieux continent et, il fit aussi appel à la solidarité de tous.

Frene Ginwala d’Afrique du Sud avançait que les peuples de la Diaspora africaine devraient eux-mêmes parler de leur arrachement du continent africain et de ce qu’ils ressentaient du fait de ce traumatisme. Elle fit aussi valoir le fait que le terrorisme d’Etat devait être inscrit comme tout autre dans le cadre du terrorisme en général.

Wangari Maathai du Kenya discuta sur la nécessité pour tous de participer activement à la chose publique de leur pays et que bien des gouvernements se servent d’exclusion comme moyen de contrôle des populations. « La Paix n’est pas un accident et la guerre, non plus ! » disait-elle. 

Dr. Beverley Lax Matunga, une Américaine qui vit au Kenya, fit valoir qu’elle était souvent choquée culturellement lorsqu’elle revenait dans son pays d’origine, les Etats-Unis d’Amérique.

La Ministre de l’Education de la Namibie, Madame Ndjoze Ojo, recommandait que les enfants de tous les pays soient enseignés dans leur propre langue.

La Première Ministre de la Jamaïque, Madame Portia Simpson Miller, fit vibrer l’assistance quand elle proclamait avec beaucoup force et éloquence :

« Nous avons su résister aux fouets du colon et survivre au système hideux de l’esclavage. Nous avons su endurer le pillage et le gaspillage qui a été fait de toutes nos ressources, y inclus de nos ressources humaines. Et, nous avons aussi su faire face avec succès aux multiples assauts portés continuellement contre notre sens de l’honneur, de la dignité et du respect que l’on doit à la personne humaine. Nous ne saurions être pris pour n’importe qui ! »

*

Les deux propositions d’Haïti vinrent, l’une de moi et l’autre de Carline Viergelin.

J’ai demandé à l’illustre Assemblée de prendre en considération le fait que la lutte initiale pour la liberté des peuples noirs ne put atteindre son moment de condensation en vue de déferlement qu’après la Cérémonie Vodou du Bois Caïman du 14 au 22 Août 1791. Cette guerre d’attrition dura treize longues années et prit fin sur le terrain, à Vertières, une clairière du nord d’Haïti, le 18 Novembre 1803.

Jusque là, le peuple haïtien n’était en réalité qu’un ensemble de personnes, hommes, femmes et enfants, certains libres, mais pour la plupart esclaves ou marrons, et d’origine africaine. Ils venaient des divers coins du continent et parlaient diverses langues. Ils ne devinrent Haïtiens que par la suite, le 1er Janvier 1804.

Le but qu’ils recherchaient était la liberté : « Vivre libre ou mourir ! » telle était leur devise. Mais ils voulaient également être reconnus, et par tous les êtres de la terre, comme étant des êtres humains à part entière.

Selon nous, cette guerre accomplie était autant un affrontement idéologique à répercussions militaires, économiques, sociales et politiques qu’une révolution économique ou sociale telle que généralement enseignée dans les écoles de chez nous.

Cette guerre visait à rassembler toutes les capacités des opprimés et à les lancer avec acharnement contre l’adversaire afin qu’au bout du compte il ne devrait rester aucun esclave sur la terre et l’oppresseur devrait disparaître. L’analyse finale révèle qu’elle cherchait à cristalliser les peuples opprimés du monde entier.

On peut en juger par l’impact qu’a eu cette guerre sur le reste du monde. Avec la guerre d’Haïti, un Ordre nouveau du Monde était né.  « À bas l’esclavage et la colonisation ! »

La France, déçue dans ses ambitions, s’est vu forcée d’entamer tout un processus de décolonisation. Ce mouvement prit du temps pour se réaliser mais se poursuivit jusque dans les années 1960 ! L’Angleterre, l’Espagne, les Pays Bas, les Etats-Unis d’Amérique durent eux aussi emboîter le pas à ce processus.

Sous la pression de ce mouvement, la France dut céder ses possessions de la Louisiane pour seulement 15 million de dollars soit 10 cents américain l’hectare. Cet acte seul, multiplia la configuration et la puissance des Etats-Unis d’Amérique et, en conséquence, changea les rapports entre tous les pays de cette planète.

Simon Bolivar et Francisco Miranda, tous deux généraux de la Grande Colombie, vinrent chercher et trouvèrent de l’aide des anciens esclaves haïtiens. Même les Grecs en 1820 demandèrent de l’aide pour réaliser leur guerre contre les Turcs, et ils en trouvèrent, en dépit du fait qu’Haïti n’était alors qu’un tout petit pays qui s’établissait à peine et en bien des cas n’était même pas encore reconnu comme étant un pays souverain.

L’esclavage, selon nos ancêtres, était un acte contre-nature qui avilissait et déshumanisait non seulement ceux qui le subissaient mais encore et tout autant, ceux qui le pratiquaient.

C’est donc ainsi qu’ils avaient choisi un lieu géographique où ils pouvaient faire battre le cœur de tous et consolider leur mouvement. Ce lieu s’appelait le Bois Caïman.

Voilà pourquoi j’ai l’honneur, et aussi le plaisir, de proposer aujourd’hui encore ce même lieu, le Bois Caïman, qui pourrait, et pourquoi pas, devenir le cœur géographique et spirituel de ce nouvel Etat Fédéral d’Afrique, comme vient de le proposer le Président Lula.

Je dépose ici les plans de cet endroit qui pourront par la suite être étudiés par des spécialistes. Ces plans réunissent les « Vingt-et-Une Nanchon africaines. »

Le mot Nanchon ne doit pas être confondu avec le concept de Nation dans le sens français du terme. Pour nos ancêtres africains Nanchon voulait plutôt dire les « Grandes Familles Reconnues comme étant des nôtres. » L’une de ces familles comprenait les Amérindiens Taino !

Ces plans ont été approuvés par les Vodouisants de la fédération dont je suis l’Ati National et conçus par des architectes haïtiens bien connus. Je les dépose ici entre les mains du représentant du Département d’Etat de la République Fédérative du Brésil pour les suites nécessaires.

Aujourd’hui, malheureusement, notre pays, Haïti, est un pays en pleine guerre civile. Cette guerre se poursuit sans relâche depuis notre indépendance

Des forces dominantes nationales, puissamment épaulées par des forces dominantes internationales, ont toujours saisi les reines du pouvoir politique de notre pays pour gruger à l’extrême le peuple qui, finalement s’est retrouvé dépossédé et sans terre. De ce fait, la production de ce dernier s’est ralentie et notre pays aujourd’hui se signale à l’attention de tous comme étant l’un des plus pauvres de la terre.

Nous, Vodouisants, comprenons ce moment complexe où se trouve la nation haïtienne au sein de la communauté régionale de l’Amérique Latine et du Sud. Nous sommes déterminés à poursuivre le dialogue avec tous ceux qui ont voulu avoir leur présence en Haïti aujourd’hui.

D’où la proposition de Madame Viergelin d’une participation conjointe à la structuration du Vodou haïtien. Car, immiscés dans cette guerre civile larvée permanente, nous n’avons jamais eu ni le temps ni les moyens de poursuivre méticuleusement cette telle tâche de portée considérable.

A la suite des dernières élections, nous espérons pouvoir bientôt voir fleurir sur notre territoire les bienfaits de cette solidarité et concertation, à savoir : « la défense des libertés fondamentales, la croyance en la démocratie politique pour tous les individus et une politique conforme à la moralité. »

Merci.

Max G. Beauvoir

Mariani, le 14 Septembre 2006

N.B. : Nous avons pris contact avec le Dr. Ubiratan de la Fondation Palmarès et nous avons grandement apprécié les rencontres agréables que nous avons eues avec lui. Nous avons compris qu’il était pour nous autres Haïtiens un ami et aussi un partenaire de choix en terre Brésilienne.

Il a promis de nous visiter en Haïti le mois prochain avec un groupe de ses concitoyens. Avec l’aide du Gouvernement Haïtien, espérons que nous saurons les recevoir autant de chaleur et d’enthousiasme qu’ils ont su nous le montrer au Brésil.

© Max G. Beauvoir - 1998 - 2006

all  reproduction is strictly forbidden without express authorization

Author : Max-G Beauvoir
THETEMPLEY@aol.com
Tel :  (509) 458 1500
Le Péristyle de Mariani, Mariani, Haiti

The Temple of Yehwe: President 
Nicole Miller, Tel : ( 516) 932-2331, THETEMPLEY1@aol.com

Visit the Haitian WebRing
Want to join the Haitian WebRing?
[Skip Prev] [Prev] [Next] [Skip Next] [Random] [Next 5] [List Sites]